Interview de Benjamin Favrat, illustrateur et photographe

 

Quel est votre parcours ? 

Je suis né en 1985 dans un petit village de Haute-Savoie. Concernant mes études, j’ai passé un BAC Scientifique, puis j’ai fait des études d’anglais. J’ai ensuite travaillé 4 ans en Office de Tourisme et je suis illustrateur / photographe indépendant depuis 2012.

Je vis toujours à la montagne, mais suis souvent en déplacement à Paris ou ailleurs.

Atelier - Pack voyage

 

Quand avez-vous su que vous vouliez devenir illustrateur ?

Je dessine depuis que je suis petit. Ça a toujours été une passion, mais je n’envisageais pas pouvoir en faire un métier un jour. J’ai donc fait des études tout en continuant à dessiner pendant mon temps libre. Je m’y suis remis sérieusement quand j’ai terminé la FAC. J’ai donc travaillé au pôle communication d’un office de tourisme où j’ai pu dessiner des affiches par exemple, et progresser en graphisme et en illustration digitale et j’ai créé mon entreprise en photo / illustration il y a 4 ans, après avoir fait quelques modestes expositions et pour répondre à la demande après avoir partagé un peu mon travail, d’abord pour des copains qui avaient besoin de logos, puis, le bouche à oreille aidant, pour d’autres clients très divers.

Et je dois dire que j’adore le tatouage depuis que j’ai acheté mon premier magazine quand j’avais 15 ans. J’ai suivi l’évolution du milieu, et beaucoup de tatoueurs sont avant tout de vrais artistes, avec un trait impressionnant et un univers graphique incroyable. Je suis toujours très inspiré et très motivé par ce milieu, et j’ai beaucoup dessiné dans l’idée de préparer un book pour chercher un apprentissage auprès d’un tatoueur. C’est toujours en projet, affaire à suivre.

illu dandy

 

Comment vous êtes vous formé au dessin ?

J’ai appris tout seul, en faisant, j’ai lu beaucoup, regardé une quantité astronomique de dessins animés, regardé des tutos sur internet, mais je n’ai pas suivi de cours, ni fait de formation particulière. Je me suis mis au digital assez tardivement, en illustrant petit à petit les visuels de communication qu’on me demandait de faire au travail.

Je dessine tous les jours et je vois mon trait changer, j’ai encore plein de choses à apprendre, c’est sans fin et c’est surement ce qui me plait le plus.

 

Quelles sont vos sources d’inspiration ? Les artistes que vous admirez ?

Je suis complètement fan des productions des studios Hanna Barbera et l’élégance sans âge des anciens Disney comme les Aristochats ou les 101 Dalmatiens (Roger Radcliff est mon héro).

Je suis très inspiré par le style des dandies à moustache, le jazz des Big Bands, les vieux films et la danse !

Mes idoles, pour ne citer qu’eux :

Illustrateurs anciens : Mary Blair, Al Dempster, Ralph Hulett, Walt Peregoy, Mirosval Sasek, Aurelius Battaglia, Alphonse Mucha …

Illustrateurs contemporains : Sibylline, Loish, Jotaka, Margaux Kindhauser, Fernando Vicente, Pernille Orum, William NGhiem, Alegiorgini, Jessica Leigh, Jaw Cooper, Erik Jones, James Jean, Laura Brouwers, Brittney Lee, Agreda, Steve Simpson, Annette Marnat …

Tatoueurs : Alex Lauz, Vladimir Arhipkin, David Cote, Ninteendo, Sacha Unisex, Toni Donaire, Stockton Lee, Brian Povak …

Insta Bowie

 

A quel style s’apparente votre sensibilité ? Votre travail ?

Difficile à dire. Je travaille beaucoup sur commande et je dois adapter le style à la demande. J’affectionne en tout cas l’illustration retro, éditoriale ou jeunesse, et le style neo-traditionnel dans le tatouage.

C’est très divers, souvent assez coloré, surtout en digital et avec de longues barbes, qui sont devenues un peu par hasard ma signature. Ma thématique préférée reste celle de l’univers maritime, ça me permet de dessiner des éléments nautiques en bois, du cordage, et plein de marins et de pirates !

Insta Londres

 

Comment organisez vous votre studio, votre lieu de travail ?

J’ai un atelier à la montagne, avec au rez de chaussée un poste de travail « crayon », mon ordinateur, une tablette graphique, tout mon matériel de dessin, ainsi qu’une partie de mes appareils photos, et quelques livres, une imprimante et une partie de mes sketchbooks. A l’étage j’ai un petit studio photo et une salle noire pour le développement argentique et la sérigraphie.

Etant souvent en déplacement, j’embarque mon ordinateur portable, ma tablette cintiq, un Moleskine watercolour et depuis peu un Crescent RendR, un trousse de crayons et une sélection de Copic.

 

Quelle est votre routine quotidienne de travail ?

Mon emploi du temps change tous les jours. Étant également photographe, je peux passer une journée à shooter en extérieur, ou alors rester à dessiner à l’atelier sans me rendre compte de l’heure, ou encore sketcher dans le train quand je suis en déplacement.

Je m’adapte et je travaille souvent très tard le soir.

Atelier 1

 

Quel matériel utilisez vous pour le crayonné, l’encrage, la colorisation ?

Pour le travail que je vais encrer, j’utilise très souvent un crayon à deux mines : rouge pour le sketch et bleu pour les contours « propres » et les ombrages. J’utilise ensuite une table lumineuse et j’encre sur une nouvelle feuille blanche avec des marqueurs noirs de différentes tailles, au Micron (Sakura), ou au Pigment liner (Staedler), ou encore au brush de Pentel (que j’adore mais que je ne maitrise pas encore très bien). J’ai également des multiliners de Copic depuis quelques jours et je dois dire qu’ils sont impressionnants, d’un noir profond, et ils ne bavent pas au contact des marqueurs, c’est plutôt appréciable. Le travail de contours noirs me permet de scanner et vectoriser mes tracés pour un logo par exemple, ou pour une colorisation digitale. Il est rare que j’encre sur photoshop.

Si je dessine pour moi, j’utilise le plus souvent des crayons de couleur aquarellables, dans les tons bruns ou roses pour le traçage, j’ajoute souvent des contours noirs et j’ajoute la couleur directement au marqueur.

Insta barbafleur

 

Comment connaissez vous les COPIC ? Pourquoi avez vous choisi COPIC ?

Quand j’ai travaillé sur le livre d’illustration « De l’Art d’être un Monsieur », j’ai utilisé principalement l’encre et l’aquarelle. Et puis le résultat était parfois hasardeux, les scans étaient un enfer à retoucher sur photoshop, et je voulais quelque chose de plus uni, pour avoir de beaux aplats de couleurs propres et lisses. Après m’être renseigné, et avoir vu que certains tatoueurs les utilisaient, je me suis dirigé vers les marqueurs à alcool.

J’ai d’abord acheté des DB Twins de Dalbe, que j’aime bien, et qui ont une gamme de couleurs assez sympa. Puis j’ai essayé des Promarkers, très bien aussi. Et c’est à Paris il y a environ 2 ans que je suis tombé sur des Copic Ciao. J’ai acheté 3 skin tones pour essayer et j’ai adoré les pointes pinceaux et la grande gamme de couleurs. En plus, ils sont rechargeables. C’était exactement ce que je cherchais.

 

Quelle sorte de COPIC utilisez vous et comment ?

Je n’utilise quasiment que des Ciao pour les couleurs, et des Sketchs pour les tons gris. Je ne me sers que des pointes pinceaux, les fameuses pointes nibs qui rendent les dégradés si faciles.

J’ai commencé avec un peu toutes les couleurs, dans l’euphorie, sans trop réfléchir, mais je me recadre depuis peu de temps, et j’essaie de réduire. J’adore travailler en teintes de gris : froids / chauds / toner / neutres, et en teintes de bruns (skin tones). Je pense que mon dessin va avancer rapidement dans ce style là. Et j’utilise en complément des crayons aquarellables, et surtout des pastels secs pour ajouter de la couleur à des dessins peu saturés, un peu comme du maquillage.

Atelier 2

 

Utilisez vous le blender/mélangeur ? Les aérographes ? Les recharges VARIOUS INK ?

Je n’utilise que très rarement le blender, et pas encore l’aérographe, mais je suis assez curieux d’essayer.

J’ai quelques recharges Various Ink des couleurs que j’utilise le plus. C’est un investissement mais pour quelqu’un qui dessine beaucoup, c’est tout à fait rentable. Ca me faisait mal au cœur de jeter tous ces markers à chaque fois, simplement parce qu’ils étaient secs. Je trouve génial le fait de pouvoir les garder et les utiliser presque à l’infini juste en les rechargeant en encre.

 

Sur quel support utilisez vous les COPIC ?

Principalement sur du layout Créa pour les dégradés lisses, et sur du Marker Pad Copic pour des contrastes plus francs. De temps en temps sur papier aquarelle (Arches), si j’ai besoin que l’encre fuse. Je viens de recevoir un sketchbook A5 RendR de Crescent et je suis assez bluffé, le grain du papier est assez beau, l’encre fuse juste ce qu’il faut, et le marker ne traverse absolument pas le papier ! Il faut juste connaître son matériel par cœur, parce que quand on applique l’encre des markers, le papier semble devenir transparent, comme si on avait utilisé de l’alcool pur, la couleur définitive n’apparaît qu’en séchant.

J’ai aussi utilisé un sketch noir pour les aplats pour faire une série de planches de skate custom, sur du bois donc.

illu chiens

Quelles sont les combinaisons de couleurs COPIC que vous utilisez le plus et pourquoi ?

Nuances de gris (chaleurs différentes) + skin tones ou 1 ou 2 couleurs. J’adore ce mélange. Le travail en noir(s) et blanc(s) m’oblige à travailler un peu plus finement, et j’ajoute de la couleur au crayon par la suite.

Les gris et les bruns fonctionnent bien ensemble, le mélange est relativement naturel voire organique, les contrastes sont très doux, et je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec la photo argentique, que je pratique de plus en plus.

J’aime beaucoup travailler avec des couleurs foncées et éclaircir ou simplement jouer sur la lumière au pastel sec par la suite.

illu madame fourrure

 

Que conseilleriez vous à un jeune artiste en couleur et équipement COPIC ?

Je conseillerais sans hésiter des Copic Ciao ou Sketch. Quelques Ciao c’est très bien, moins cher, et ça permet de s’habituer aux pointes pinceaux.

Côté couleurs, je pense à une palette de gris. Même un sur deux, par exemple N1, N3, N5, N7 et N9. Et puis deux skins tones, par exemple E21 et E33. Ca me paraît déjà bien pour commencer. Après on peut ajouter quelques couleurs, pas forcément des primaires, mais une ou deux couleurs au choix qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre, un R37 et un BG 34 par exemple. Et pourquoi pas un Blender pour travailler les dégradés.

Je lui conseillerais aussi d’essayer plusieurs types de papier pour trouver celui qui lui convient le mieux, c’est très important.

 

Comment comparez vous le travail au marqueur à alcool par rapport au numérique ? Quand/Pourquoi utiliser l’un plus que l’autre ? 

Les deux se marient très bien. Je trouve le marqueur plus facile à scanner que l’aquarelle par exemple, et très facile à travailler sur photoshop.

Les multiliners sont très noirs et sont faciles à vectoriser.

Comme je ne me suis mis au digital qu’assez récemment, j’ai du mal à travailler directement sur tablette graphique, il me faut toujours au moins un sketch de base, au crayon, voire au marqueur.

Avec toutes les possibilités de création de brushs sur photoshop, les dessins aux marqueurs sont faciles à retravailler, à intégrer, à compléter…

J’aime les deux, et je me servirais plutôt des marqueurs pour du travail perso, et du digital pour des commandes clients, qui peuvent nécessiter des retouches conséquentes.

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© Benjamin Favrat et Apolline Couverchel

Est il nécessaire de connaître les deux types d’outils ? Comment voyez vous l’avenir en terme d’outils de création ?

Peu importe le milieu artistique dans lequel on évolue, il me semble important de développer sa sensibilité et son trait avec les outils manuels « classiques » tout en étant conscient des possibilités qu’offre le digital.

Certains artistes sont hyper polyvalents (Tom Haugomat, Xoil…), ils utilisent différents outils, dont le digital, et savent créer un équilibre parfait.

On est en plein dans l’aire du numérique, et par conséquent des arts numériques (interaction, jeux vidéos, applications, web design, photo numérique, vidéos full HD 4K et plus…) et on assiste parfois à la course à la résolution. Pour faire le parallèle avec la photo, ça me rend triste quand on parle de qualité d’image uniquement en se référant au nombre de pixels.

Les arts et les technologies évoluent ensemble et je pense que tout est possible question avenir des outils de création, avec plus ou moins de succès, pendant une période plus ou moins longue selon les modes.

En tout cas, après avoir vu une machine à tatouer programmée et automatisée sur ordinateur, je me dis qu’on peut s’attendre à quelques surprises, bonnes ou mauvaises.

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© Benjamin Favrat et Apolline Couverchel

Parmi tous vos projets, lequel a été le plus difficile, lequel a été le plus satisfaisant ?

C’est une sorte de challenge quotidien, mais je dois dire que le dernier gros projet sur lequel j’ai travaillé a été à la fois le plus difficile, et le plus satisfaisant : Flow 612. On nous a demandé à Apolline Couverchel, scénographe, et moi, de réaliser en collaboration le décor d’une installation à danser pour le jeune public, sur le thème de la jungle. On était une équipe de 6, avec responsable de l’interaction, un musicien, et un responsable technique, dirigés par le chorégraphe Daniel Larrieu. Apolline et moi dessinons beaucoup à la main, et on voulait un rendu « artisanal ». Apolline s’est chargé des textures, et détails de plantes et fleurs, au micron et Staedler, et j’ai utilisé un set de 12 Copic Sketchs gris froids pour faire les fonds. Le tout sur du layout A4 dans le but d’être scanné et imprimé sur toile.

Les aplats d’encre faisaient ressortir la texture du papier, et donnait du grain, presque du grain photo à l’image. Comme on voulait que les plantes soient lumineuses, comme s’extirpant de la densité de la végétation, on avait besoin d’un fond noir. Pour transformer le papier blanc en fond noir, on a travaillé en négatif. On a donc noirci tout ce qui devait être lumineux. Puis scan de l’ensemble des végétaux, « repositivé » et passé en noir et blanc sur photoshop, et on a construit notre décor comme ça. On a ensuite intégré les dessins des enfants et filtré l’ensemble pour interagir avec la lumière.

J’avais un peu peur de la qualité après impression, parce qu’on a tout dessiné sur du A4, et la toile fait tout de même 3m de haut sur 17m de long (soit un agrandissement de plus de 10 fois par rapport au format initial), mais le rendu est génial, on a un aspect quasi photo-réaliste et très immersif. Les enfants semblent apprécier, tout le monde est content. Ça a été une expérience humaine très riche, vis à vis de l’équipe, et aussi par rapport aux enfants de l’école qui nous a invités. C’était également un travail en binôme qui m’a appris beaucoup, et un échange très intéressant avec la lumière, la musique, et le mouvement évoqué par la danse. L’installation est artisanale, mais tout le mécanisme est digital, le décor a été fait à la main mais numérisé pour être filtré et imprimé… un bon exemple de pluridisciplinarité dont je parlais plus haut. C’était une très belle expérience.

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Quels conseils donneriez-vous à un jeune artiste qui souhaite démarrer dans ce métier? 

Je ne suis pas très bien placé pour donner des conseils, mais je lui dirais d’être curieux, créatif, et de travailler, travailler travailler, et surtout de s’accrocher. Le travail en freelance n’est pas facile, il faut être bien organisé, autonome, polyvalent, réactif et rigoureux… comme dans tout métier en fait… (rires). C’est en tout cas une belle aventure.

illu cavalier cadreQuels sont vos projets futurs ? 

Alors en vrac :

– J’adorerais retravailler en équipe. Après deux ans à travailler seul, et après l’expérience de Flow612 ces mois derniers, je me suis rendu compte que la dimension humaine et l’échange entre créatifs me manquaient.

– Même si j’adore le calme de la montagne, il est fort probable que je m’installe à Paris avant la fin de l’année.

– Je travaille en ce moment sur l’illustration d’une histoire de sorcière écrite pas une amie conteuse.

– Je voudrais bosser sérieusement mon book tattoo en vue d’une recherche d’apprentissage.

– J’aimerais trouver le temps de travailler le motion design et l’animation.

– J’aimerais aussi faire un artbook sur le thème des marins, et terminer « Cœur de Brigand », que j’ai commencé l’année dernière, ainsi que « l’aventure arctique ».

Sans parler des projets photo, mais ça c’est une autre histoire.

insta Sketchbook RENDR

 

Pour me retrouver sur internet :

Web : www.benjaminfavrat.com

Instagram : @ademainbenjamin

Facebook : Ademainbenjamin

A bientôt !

Merci !

Interview de Julien Hugonnard-Bert, encreur de BD pour Marvel, DC COMICS et Delcourt

Quel est votre parcours?
J’ai toujours dessiné, mais même si je souhaitais gagner ma vie en dessinant, j’ai opté pour des études plus sérieuses d’ingénieur. C’est donc après avoir exercé pendant 5 ans que j’ai dévié vers la BD. Au final, être sérieux, ce n’est pas fun !

Quand avez-vous su que vous vouliez devenir illustrateur ?

J’imagine que j’ai toujours voulu faire ce métier ou en tout cas un métier artistique. C’est une passion – autant en faire son métier ! Faut juste avoir le courage de se lancer. Il m’a fallu du temps, mais je ne le regrette pas !

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Que fait un encreur ? A quel stade intervenez vous dans la production d’une BD Comics par ex chez Marvel ou d’autres éditeurs?

Je suis en quelque sorte l’assistant du dessinateur. J’interviens une fois son crayonné terminé. Mon rôle est de terminer son dessin à l’encre noire. Ensuite, je transmets la page au coloriste qui (comme son nom l’indique) ajoute les couleurs. Et puis le lettreur intervient et place les bulles de textes sur la page.

Comment vous êtes vous formé au dessin ?

Même si je suis autodidacte, j’ai souvent sollicité les avis de beaucoup de dessinateurs ou encreurs professionnels. Grace à l’internet, ces contacts sont possibles aujourd’hui. Ce sont eux qui m’ont appris mon métier en pointant ce qui allait et surtout ce qui n’allait pas dans mes dessins ou encrages.

Quelles sont vos sources d’inspiration ? Les artistes que vous admirez ?

C’est très varié. Lorsque je travaille mes propres dessins, j’aime les styles « griffonnés » ou « écorchés ». Bill Sienkiewicz est un exemple pour moi ! Si je devais n’avoir qu’un talent, j’aimerais bien que ce soit le sien ! Pour ce qui est de la couleur et de l’utilisation des feutres Copic, le premier nom qui vient en tête est forcément Adam Hughes. C’est un virtuose. Mais j’avoue avoir un faible pour Yildiray Cinar (Superior Iron Man chez Marvel). Là encore, c’est dynamique, il ajoute des projections, des griffures… C’est un artiste sous-évalué et il mérite une reconnaissance plus grande encore ! Et puis, je crois pouvoir dire que c’est un ami.

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A quel type de BD s’apparente votre sensibilité ? Votre travail ?

Je suis un lecteur assidu de comics. Même s’il y a des exceptions dans la BD Franco-Belge, ma préférence va vers ce qui se fait aux USA. Ensuite, je n’ai pas de style de prédilection : super-héros, crime, horreur, romance… J’aime tout tant que l’histoire et les dessins se tiennent !

Comment organisez vous votre studio, votre lieu de travail ?

Mal ! C’est souvent mal rangé ! J’ai une table à dessin inclinée et un ordinateur à ma droite avec une tablette graphique type Cintiq. Tout autour sont entassés des pinceaux, des plumes, des feutres, etc. L’encreur est souvent un geek du matériel « analogique ». Je ne déroge pas à la règle, je garde des feutres secs, des éponges, des collants en nylon, des pinceaux dépouillés, plumes… pour pouvoir faire des effets et textures intéressants. Et puis j’ai plusieurs pots d’encre de Chine plus ou moins sèches selon l’outil et le rendu voulu.

Quelle est votre routine quotidienne de travail ?

Généralement, je travaille 3 demi-journées de 3-4 heures chacune. Le matin, l’après-midi et le soir après dîner. Je commence donc vers 9h-10 heures et je termine vers 1h-4 heures suivant le délai à respecter ! Si le temps me le permet, j’aime terminer des pages le soir avant de me coucher et les scanner le lendemain matin après une nuit de sommeil. ça évite de laisser passer beaucoup d’erreurs, ainsi ! A tête reposée, on voit énormément de défauts !

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Quel matériel utilisez vous pour le crayonné, l’encrage, la colorisation ?

Je suis quelqu’un d’assez traditionnel. Je travaille principalement sur papier. Pour l’encrage, j’utilise la plupart du temps le pinceau et l’encre de Chine. Et puis les feutre calibrés Graph’It pour des détails ou des architectures. Ce sont vraiment les meilleurs sur le marché pour moi : ils conservent un afflux d’encre constant tout au long de leur durée de vie. Un peu de plume aussi, mais c’est plus rare. L’ordinateur ne me sert que pour les corrections à apporter a posteriori. Pour la couleur, les feutres Copic ou Graph’It exclusivement. Là encore, je ne me sers de l’ordinateur que pour corriger les niveaux et réparer les erreurs de réglages faites au moment du scan. Je ne sais pas coloriser sur ordinateur et préfère le grain que donnent les feutres. En revanche, je crayonne sur ordinateur ! Je suis un dessinateur laborieux et pour moi, Photoshop me permet de corriger les lacunes de mon dessins pour ce qui est du redimensionnement ou de la perspective. J’imprime donc mon crayonné en blueline pour l’encrer et le colorer à l’ancienne…

Comment connaissez vous les COPIC ?

Je connais Copic depuis une quinzaine d’années. Le magasin de matériel de dessin dans lequel je trainais lorsque j’étais au lycée à Avignon avait un présentoir avec ces feutres. J’ai donc essayé les gris et j’étais conquis ! Malheureusement, ce magasin a fermé depuis et c’est assez récemment que j’ai ressorti mes feutres. Chose épatante : ils fonctionnaient toujours ! Alors grâce à des gens comme Stéphane Roux ou Rémi Dousset, je me suis rendu compte de tout ce qu’on pouvait faire avec et j’ai agrandi ma collection !

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Pourquoi avez vous choisi COPIC ?

Le fait qu’ils puissent se recharger est un grand plus par rapport aux marques concurrentes. Et puis lorsqu’on repasse plusieurs fois, la couleur s’intensifie, mais on ne voit pas les coups de feutres. Ce n’est pas le cas avec la plupart des autres marques qui « imbibent » beaucoup plus la feuille et la saturent de couleurs dès le premier coup.

Quelle sorte de COPIC utilisez vous et comment ?

J’utilise les Copic standard. Principalement avec la pointe biseautée. Je fais aussi des projections avec la pointe pinceau des Copic Sketch que je fais « rebondir » sur un CD. C’est très difficile à décrire, mais je remercie Sabine Rich pour la tuyau!

Utilisez vous le blender/mélangeur ? Les aérographes ?

J’ai le mélangeur, mais ne m’en sers que pour lisser ma couleur. Quant à l’aérographe, je serais curieux de tester cela un jour !

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Sur quel support papier utilisez vous les COPIC ?

Diverses gammes de Bristol assez lisses. Ou bien les papiers fournis par les éditeurs… Mais toujours sans acide !

Quelles sont les combinaisons de couleurs COPIC que vous utilisez le plus et
pourquoi ?

J’utilise la gamme T pour les niveaux de gris. C’est assez neutre. J’ajoute parfois des coups de W en Wide pour « réchauffer » l’ambiance du dessin. Je peux ainsi créer un contraste entre un personnage « chaud » et un fond plus « neutre ». Sinon, je privilégie le E21 (Baby Skin Pink) pour les couleurs de peaux, ne fonçant qu’en faisant des superpositions. C’est assez drôle de mettre Wolverine en couleurs avec le Baby Skin Pink, mais on s’y fait ! J’aime aussi placer une lumière bleue rasante sur mes personnages avec le B01 (Mint Blue).

Que conseilleriez vous à un jeune artiste en couleur et équipement COPIC ?

Je pense qu’un débutant peut partir sur une sélection de feutres gris (chaud ou froid selon les goûts de chacun). Ou bien des tons plus sépia. Ce n’est pas évident de maîtriser la couleur, faire des monochromes c’est déjà pas mal. Il peut éventuellement opter pour les modèles Ciao (moins cher), mais il est risqué d’utiliser la pointe pinceau. Elle est fine et on peut se perdre facilement dans les détails. Mieux vaut placer des zones de couleurs moins précises avec la pointe biseautée et privilégier l’ambiance.

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Comment comparez vous le travail au marqueur à alcool par rapport au numérique ? Quand/Pourquoi utiliser l’un plus que l’autre ?

Ça n’a rien à voir ! J’aime le fait que le feutre rend chaque mouvement (plus ou moins) définitif. ça nous oblige à travailler dans l’urgence. Avec l’outil informatique, on peut faire, défaire, annuler, recommencer… Et au final, on risque de se perdre dans les diverses alternatives possibles et ne jamais finir ! Toutefois, Photoshop permet des « effets spéciaux » plus difficiles à faire avec des feutres comme des flous ou de l’ajout de grain. Mais en ce qui me concerne cela reste de la post-production et cela ne prend jamais le pas sur ma façon de faire.

Est il nécessaire de connaître les deux types d’outils ? Comment voyez vous l’avenir en terme d’outils de création en bande dessinée ?

Il est nécessaire de connaitre au moins un peu les deux. L’industrie de la BD et encore plus du comics s’accélère grandement depuis quelques années. Les auteurs doivent se servir de tout ce qui peut faire gagner du temps. S’ils sont à l’aise avec l’ordinateur pour certaines choses, il ne faut pas se priver. Par exemple, plutôt que de faire un pochoir pour préserver certaines zones des projections d’encre, on peut le faire sur l’ordinateur si le temps presse… En revanche, abandonner totalement le papier n’est pas forcément un bon choix : les droits d’auteurs allant diminuant, la vente     d’originaux est une part importante des revenus d’un auteur de BD.

Parmi tous vos projets, lequel a été le plus difficile, lequel a été le plus satisfaisant ?

Parfois, les délais sont délirants. Récemment, j’ai du encrer une poignée de pages pour Marvel. C’était un épisode des X-Men. Je n’avais qu’une journée pour faire 4 pages ! C’est fou. Masqué chez Delcourt a également été difficile pour ce genre de raisons : le pari était de fournir au lecteur 4 tomes de cette BD en un an… No comment… En revanche, j’ai adoré bosser sur Injustice. Avoir la chance de jouer avec des personnages comme Superman, Batman, Flash et tous leurs amis, c’est un rêve de gosse !

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Quels conseils donneriez-vous à un jeune artiste qui souhaite démarrer dans ce métier?

Je répèterais juste ce que m’a dit le premier éditeur que j’ai rencontré en convention : « Entre la qualité et le délai, je choisirais TOUJOURS le délai. Mais si la qualité n’est pas là, je ne referai pas appel à toi ». Je dirais donc qu’on a toujours des progrès à faire, mais il faut tomber de la page. Tant pis si elle n’est pas parfaite, on essaiera de faire mieux à la prochaine. C’est en faisant des kilos de pages qu’on s’améliore !

Quels sont vos projets futurs ?

Je fais pas mal de commissions en ce moment. Je travaille également sur une bande dessinée plus personnelle que je compte écrire, dessiner et encrer seul. Mais ce qui me prend le plus de temps en ce moment, c’est la campagne de crowdfunding pour financer mon nouvel artbook : Girls, Gods & Monsters – vol. 4. J’y compile mes meilleurs dessins de l’année et y explique ma méthode de travail. La couverture sera d’ailleurs faite en couleurs et niveaux de gris avec des feutres COPIC !

Pour contacter Julien Hugonnard-Bert, rendez-vous sur: 

https://www.facebook.com/jhugonnardbert
http://fr.ulule.com/ggm4/